Musique

De l’art et la manière d’apprécier Earth.

Avant de m’épancher sur l’art et la manière d’apprécier un groupe tel que Earth, il convient d’abord de s’attarder sur le groupe lui-même.

« Putain, qui c’est ça Earth ? »

Earth, ou Terre/Monde/Sol pour les moins anglophones d’entre nous, est un groupe musical de Drone / rock expérimental américain basé à Seattle, terreau du Grunge et des célèbres Nirvana et autres Jimi Hendrix (et de Bill Gates aussi, mais là c’est vraiment pas le sujet).
Fondé, entre autres, par Dylan Carlson – mais si, vous savez, le meilleur pote de Kurt Cobain – en 1989, le trio originel se forme sous l’influence certaine des Melvins, groupe expérimental par excellence. Leur début se nomme Earth 2 : Special Low Frequency Version et est composé de trois morceaux dont deux frôlent la demi-heure de drone saturé à la fuzz et parfumé aux bonnes odeurs de lampes d’ampli chaudes. Considéré par beaucoup comme l’album pionnier dans le genre du drone-metal, Earth 2 figurera comme le précurseur des actuels représentants du bourdon saturé, les biens nommés Sunn O))).
Dylan Carlson

Dylan Carlson, portrait par Andrey Kalinovsky

Un autre album minimaliste et bruitiste plus tard, Earth offre au monde son nouvel opus : Pentastar: In The Style Of Demons sorti en 1996, s’offrant ici son premier album aux compositions moins drone pour laisser place à un rock lorgnant du côté du stoner-rock en combinant le minimalisme planant aux riffs saturés de guitare. C’est aussi l’introduction de nouveaux instruments (piano, batterie et clavier) au service d’un côté ambient bien plus prononcé, qu’achèvera de mettre en place l’opus Hex; Or Printing In The Infernal Method. C’est avec cet album de 2005 que le groupe met en avant l’ambient-rock minimaliste et tellurique qui symbolisera la suite de sa discographie, et avec lui, la contemplation et l’envie de grands espaces déjà initié par les morceaux stoner / on-part-en-road-trip de Pentastar.

C’est donc ça, Earth, de la musique tellurique et minimaliste, où le rock s’entremêle à l’ambient en dépeignant des paysages naturels dont l’immensité incite au plus pur des voyages, qu’il soit à pied ou en véhicule (sur une Ford Mustang de préférence)

« Oui mais alors, de la musique ou il y a le même riff en boucle pendant 5 minutes c’est pas un peu chiant ? »

Si comme Andrey, vous avez délaissé Earth par ennui (oui, il s’est ennuyé pendant un concert) ou que vous n’y connaissez rien à ce groupe alors cet article est fait pour vous. Notez que, même un grand fan de drone qui va s’agenouiller devant les prestations scéniques dantesques de Sunn O))) (Là, le camarade Kalinovsky s’était pas ennuyé, parce que là, ça avait quand même grave de la gueule) peut s’endormir quand il s’agit d’un groupe tel que Earth, que ce soit en les regardant sur scène ou en les écoutant chez soi. Parce que oui, en live Earth c’est comme beaucoup de formations : des gars et des filles plantés avec leurs instruments à jouer leurs morceaux religieusement, rien ne vient égayer visuellement le show, et chez soi, bhen c’est chez soi, s’assoir sur son canapé en écoutant The Bees Made Honey In The Lion’s Skull n’est pas l’événement le plus attrayant qui soit.

Mais alors, comment s’y prendre ?


Étape 1 : en live

Earth en live, par Andrey Kalinovsky

Earth en live, par Andrey Kalinovsky

Avant de poursuivre, sachez que je n’ai jamais eu l’occasion de voir Earth en live, mais j’ai déjà ressenti l’ennui profond sur des groupes qui faisait planer bon nombre de spectateurs, notamment, lors de mon premier concert des Swans. Aujourd’hui, la bande à Gira m’est devenu incontournable, que ce soit en studio ou en live, et c’est un concert qui m’a fait opérer ce changement de situation. C’est pourquoi, quelques idées me viennent quand il s’agit de décrire comment apprécier un spectacle où le son est puissant, imposant mais où les compositions sont minimalistes, lentes et répétitives.

Dans ce genre de concert, se tenir debout, face au groupe à regarder les membres dans le blanc des yeux en écoutant les morceaux passer un à un n’est que difficilement réalisable sans une once d’ennui si vous n’êtes pas un fan absolu du groupe, ou ivre mort, ou raide défoncé. C’est à ce moment précis, que la puissance sonore entre en jeu. Oui, Earth comme bon nombre de groupe de doom / drone / post-post, joue fort, parce que c’est ça le rock après tout : « Du bruit qui pense » comme le dit Victor Hugo. Qui dit décibel, dit vibration, surtout que dans le genre on aime les basses, alors profitez-en. Allongez vous, asseyez vous, plaquez vous contre les murs ou les subwoofers, mais ressentez les vibrations vous parcourir (on se croirait dans une séance de méditation) et pensez y, faites comme dans un bon bain à remous, détendez vous en profitant de l’instant présent et des sensations puissantes qui s’offre à vous (non sérieux là, faut arrêter le yoga).

Si vous êtes dans un festival ouvert (ou si vous avez du bol : dans un cadre à la Duna Jam) où Earth serait en train de jouer, alors, croyez moi, se poser dans l’herbe et fermer les yeux en imaginant, selon les morceaux, de vastes prairies mongoles, des déserts américains arides ou des montagnes, vous fera voyager et certainement apprécier le live bien plus que si vous étiez resté debout (ce fut mon cas pour Swans au Hellfest 2013)


Etape 2 : en dehors des lives (au casque, en voiture, chez soi, …)

Si comme moi, vous n’êtes pas à un live de Earth mais chez vous, alors vous l’apprécierez surement à fort décibel dans votre casque ou sur vos enceintes de la même manière qu’à l’étape 1.

Mais là où cette formation prends tout son sens, c’est bien lors d’un voyage, si court soit-il. Quand je parle de voyage, je parle de partir hors de chez soi, dehors, dans la nature ou en ville (même si dans ce cas là, ça aura quand même moins de charme). La dernière très grosse claque que je me suis pris sur du Earth fut lors d’une marche de 2h30 en rase campagne vendéenne (rpz), sous un soleil de plomb, la température avoisinant les 30°C à écouter The Bees Made Honey In The Lion’s Skull en boucle. Parce que la solution idéale pour écouter Earth, c’est de le faire en contact direct avec la nature car c’est là précisément que le groupe prends le sens du mot « tellurique ».

DSCF1971

Le parc de Néouvielle, Pyrénées

Imaginer un instant écouter l’album Angel Of Darkness, Demons Of Light I dans un décor comme celui de la photo ci-dessus (NDLR : c’est beau, c’est grand et c’est surtout dangereux). « Facile quand on a un décor comme ça chez soi! » vous pourriez rétorquer, pourtant, une simple marche aux alentours de chez vous avec l’album qui vous plaira dans les oreilles, peut s’avérer pleinement satisfaisante.

Encore mieux, le trajet en voiture (bonus de ressenti en solitaire) sous un Pentastar à toutes burnes, les lunettes de soleils sur la gueule et les décibels martelant les vitres de l’habitacle, vous feront vous sentir en pleine osmose avec la route, aussi appelé « Syndrome du road-trip à la californienne dans une grosse Ford Mustang de papa sur une route perdu au milieu du désert ».

Enfin, si vous êtes du genre feignasse, vous pouvez toujours vous coller contre le sol jonché d’herbe d’un parc, ou de votre jardin, avec Primitive And Deadly en musique de fond, pendant que vous somnolez gravement.

En bref, il y a plein de manières d’apprécier Earth pour en faire une bande sonore indispensable à vos voyages/sorties/séances de méditation/siestes/et certainement un tas d’autres trucs.

« Earth par ci, Earth par là, c’est cool, mais t’aurais pas d’autres trucs à nous proposer ? T’es payé à chaque fois que tu mentionnes leur nom ou bien ? C’est ton groupe préféré ? T’es un gros fanboy, c’est ça ? »

Et bien non. Non, je ne fais pas de la pub, non ce n’est pas mon groupe préféré, non je ne suis pas un fanboy. Mais ce groupe est plutôt unique dans l’ensemble de ma discographie, et après plusieurs discussions sur le sujet avec divers membres de mon entourage, j’avais envie de parler du cas Earth, cas particulier si il en est.

Si vous aimez (ou pas) Earth plusieurs groupes peuvent vous intéresser. Bien qu’ils soient tous différents, intéressants, pas forcément dronesques, ni minimalistes, pas forcément rock, ni ambient, ils proposent tous un univers à part entière qui pourrait être apprécié de la même manière que Earth. Je ne citerais pas ici un nombre incalculable de groupes de stoner, qui pourrait, pour la plupart, être excellents lors d’un road-trip, mais je citerais bien ici, une courte liste non-exhaustive de groupes qui me sont chers et dont la musique est excellente pour bien des occasions (et pas forcément ennuyeuse, loin de là) :

  • Sunn O))) (au cas où vous auriez toujours pas compris)
  • Swans
  • Sleep (surtout pour Dopesmoker dont la longueur et la répétitivité forment un morceau exceptionnel)
  • OM
  • Master Musicians Of Bukkake
  • Goat
  • Grails
  • Boris
  • Year Of No Light
  • Godspeed You ! Black Emperor

Pour finir, une interview de Dylan Carlson par Pelecanus :

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